Quand la lumière révèle Jean-Baptiste au portail nord de Chartres
Quand la lumière révèle Jean-Baptiste au portail nord de Chartres
Une sculpture que l’on n’oublie pas
La cathédrale de Chartres est une immense bible de pierre et de verre. Parmi les milliers de figures qui la peuplent, certaines retiennent davantage le regard. Jean-Baptiste, au portail nord, est de celles-là. C’est une statue devant laquelle j’aime m’arrêter longuement. Non parce qu’elle serait la plus spectaculaire, mais parce que le sculpteur lui a donné une humanité saisissante.
Le portail nord de la cathédrale a été réalisé au cours de la première moitié du XIIIe siècle. Ses trois baies développent un vaste programme iconographique consacré à l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Jean-Baptiste prend place parmi les grandes statues des ébrasements de la baie centrale, aux côtés notamment de saint Pierre, facilement reconnaissable à ses clés.


Un homme avant d’être une image Regardez son visage.
Il est émacié, marqué, presque douloureux. Rien ici d’une figure idéalisée et distante. Le sculpteur semble avoir voulu faire apparaître l’homme derrière le saint, celui qui, selon les Évangiles, vit dans le désert avant d’annoncer la venue du Christ.
Le même souci du détail se retrouve jusque dans ses pieds, gonflés et marqués par la marche. Sous eux apparaît un dragon sur lequel subsistent des traces de polychromie. Elles nous rappellent une évidence que nous oublions souvent : au Moyen Âge, ces portails que nous contemplons aujourd’hui dans la couleur de la pierre étaient peints.
Il faut donc faire un petit effort d’imagination pour retrouver le monument tel que les hommes et les femmes du XIIIe siècle pouvaient le découvrir : sculptures, couleurs, ombres et lumière participaient ensemble au récit.
Un rendez-vous avec la lumière
Et justement, la lumière réserve ici une surprise. Autour de la Saint-Jean d’été, au mois de juin, quelques rayons du soleil viennent atteindre la statue avant qu’elle ne retrouve l’ombre du portail. C’est aussi cela, lire un monument : observer ce qui est là, retrouver ce que les sources permettent d’en comprendre et savoir parfois laisser une question ouverte. Alors, si vous passez devant le portail nord de la cathédrale de Chartres, ne regardez pas seulement l’ensemble. Approchez-vous de Jean-Baptiste. Regardez son visage, ses pieds, le dragon sous ses pas, les traces de couleurs.

Il suffit parfois d’une seule statue pour commencer à lire toute une cathédrale.