A Chartres, la lumière raconte une histoire
On vient à la cathédrale de Chartres pour ses vitraux. On admire leurs couleurs, leur lumière, ce fameux bleu devenu indissociable du monument. Mais les vitraux médiévaux n’ont pas été conçus seulement pour être beaux.
Ils sont faits pour être lus. A l’extérieur, la sculpture transforme la cathédrale en une véritable bible de pierre. À l’intérieur, le verre prend le relais. L’ensemble exceptionnel conservé à Chartres appartient principalement aux XIIe et XIIIe siècles. Pour le visiteur d’aujourd’hui, le premier défi consiste donc à retrouver quelques-unes des clés qui permettaient de comprendre ces images


Commencer par l’ouest
Lorsque l’on entre dans la cathédrale, il faut parfois se retourner. A l’ouest subsistent trois grandes verrières du XIIe siècle. Elles racontent l’Arbre de Jessé, la vie du Christ et son enfance, ainsi que sa Passion.
C’est également dans ces verrières anciennes que l’on retrouve cette couleur bleue si souvent associée à Chartres. Plus loin, au sud du chœur, Notre-Dame de la Belle Verrière conserve elle aussi des panneaux du XIIe siècle, réemployés dans une composition postérieure après l’incendie de 1194.
Mais réduire les vitraux de Chartres à leur bleu serait passer à côté de l’essentiel.
Une image est faite pour raconter
Dans une verrière médiévale, rien ou presque n’est laissé au hasard. Un personnage, un geste, un objet, une couleur ou la place occupée dans la composition permettent d’identifier une scène et d’en comprendre le sens. Les verrières racontent les Écritures, la vie des saints, mais elles nous parlent également de la société qui les a produites. C’est là que leur observation devient passionnante.
Il ne s’agit plus seulement de dire : « ce vitrail est magnifique ». Il faut s’approcher, chercher, identifier.
Qui sont ces personnages ? Que font-ils ? Pourquoi cette scène se trouve-t-elle ici ? Qui a financé cette verrière ? Que nous apprend-elle sur la société médiévale ?
À mesure que l’on acquiert quelques clés de lecture, ce qui semblait n’être qu’une mosaïque de couleurs devient un véritable récit.


Les roses : quand l’histoire entre dans le vitrail
Les grandes roses des transepts offrent un autre exemple de cette richesse. L’une des particularités relevées dans vos anciens articles est que les ensembles nord et sud sont liés à des donateurs appartenant à des camps politiques opposés.
La rose sud est notamment associée à Pierre de Dreux, dit Mauclerc, duc de Bretagne par son mariage avec Alix de Thouars. Le vitrail conserve ainsi non seulement un programme religieux, mais également la trace de ceux qui participèrent au financement et au prestige de la cathédrale.
Le vitrail devient alors une source historique.
Apprendre à regarder
C’est peut-être ce que j’aime le plus dans les vitraux de Chartres. Ils récompensent la curiosité. On peut entrer dans la cathédrale et être immédiatement saisi par la lumière. Puis revenir une deuxième fois et découvrir une scène. Une troisième fois et reconnaître un métier, un personnage, un détail que l’on n’avait jamais remarqué. La cathédrale ne se livre jamais complètement au premier regard.
Et c’est précisément pour cela que je parle volontiers de lecture du patrimoine : apprendre à regarder, c’est déjà commencer à comprendre.

À Chartres, les vitraux ne sont pas seulement faits pour laisser entrer la lumière. Ils sont aussi faits pour transmettre une histoire.


