La foire de la Saint-André

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véronique DOMAGALSKI

Guide conférencière à Chartres

La foire de la Saint-André à Chartres, une vieille histoire !

Elle n’est plus la même foire qu’autrefois, les grands marchés aux animaux ont disparu… et pourtant, nous sommes nombreux à avoir connu la foire de la Saint-André à Chartres noire de monde.

Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige : on venait de tout le département. Certains se levaient même à trois heures du matin pour pouvoir en profiter. Il fallait être motivé… et bien couvert !

On venait faire ses achats, retrouver des connaissances, écouter les camelots vanter leur marchandise. Avec, au retour, des sacs parfois un peu plus remplis que prévu. Mais cette habitude de novembre est bien plus ancienne que nos souvenirs.

Une foire avant l’hiver

Les origines de la Saint-André remonteraient aux environs de 1140. C’est la plus ancienne foire de Chartres. Elle se tenait alors autour de l’église Saint-André, en ville basse, et était organisée au bénéfice des lépreux du Grand Beaulieu. Le pèlerinage, les écoles et les échanges commerciaux attiraient du monde à Chartres : les conditions étaient réunies pour qu’une grande foire s’y développe.

Pourquoi à cette période de l’année ? D’abord parce que l’on célébrait saint André le 30 novembre. Mais la date convenait aussi aux habitants des campagnes. Les travaux des champs étaient moins prenants et l’hiver approchait. C’était le moment de vendre, d’acheter et de faire des provisions avant les intempéries.

Pendant des siècles, la foire se déroula le jour même de la fête du saint. Le dimanche est une habitude beaucoup plus récente : c’est seulement en 1979 que l’on décida de retenir le dimanche le plus proche du 30 novembre. Beaucoup d’entre nous ont donc connu cette Saint-André qui pouvait tomber en pleine semaine.

Les cochons et le cimetière…

Revenons en ville basse. Autour de la collégiale, on vendait notamment des pourceaux. Seulement voilà : le cimetière était tout près et les cochons, en fouillant la terre, déterraient les cadavres… Ce qui est tout de même assez gênant pendant les fêtes.

Ce n’est pas une histoire inventée pour faire frémir les visiteurs ! Cet épisode est bien rapporté dans les publications consacrées à la collégiale. En 1438, alors que la peste frappe la ville, les échevins décident de déplacer la foire vers les Filles-Dieu. La proximité des sépultures et des animaux devenait décidément trop problématique.

Les chevaux ont également laissé leur souvenir dans les rues de Chartres. Regardez du côté de la rue des Lisses, en ville haute : les lisses étaient les barres de bois auxquelles on attachait les chevaux du marché. Et l’actuelle rue du Cardinal-Pie s’appelait autrefois rue du Vieux-Marché-aux-Chevaux. Les noms de rues sont parfois très bavards, pour peu que l’on s’y arrête !

Des milliers d’animaux dans Chartres

En 1853, la Saint-André quitte les bords de l’Eure pour s’installer sur les promenades du tour de ville, en passant par la place des Épars. C’est un nouveau chapitre de son histoire, celui que les cartes postales anciennes nous permettent de retrouver.

Et il y avait du monde… sur deux comme sur quatre pattes ! Pour la fin du XIXe siècle, les chiffres rapportés par la Ville donnent jusqu’à 2 000 chevaux, un millier de bovins et 30 000 moutons. On mesure mal aujourd’hui la place que ces rassemblements occupaient dans la ville.

Les bestiaux n’étaient pas les seules marchandises. En 1822, la liste des foires et marchés mentionne aussi du chanvre, de la filasse et des grains. On venait donc y chercher de quoi travailler autant que de quoi se nourrir.

Les marchands étaient d’ailleurs surveillés. Charles Challine rapporte que les officiers de l’évêque contrôlaient les poids et les mesures utilisés pendant la foire. Pas question de laisser chacun vendre à sa mesure !

Au début du XXe siècle, manèges et attractions viennent compléter la journée. Puis les pratiques agricoles changent. Avec la mécanisation et le recul de l’élevage dans la région, les grands marchés aux bestiaux disparaissent progressivement autour des années 1970.

La Saint-André poursuit son chemin avec d’autres étals, d’autres achats. On pense désormais aussi aux cadeaux de Noël. Les animaux ne sont plus là par milliers, mais les gourmands peuvent se rassurer : les provisions restent une bonne raison de venir à la foire !

Foire de la Saint-André à Chartres
Foire de la Saint André à Chartres

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