La maison Picassiette, à Chartres, recevait le 17 octobre 1953 la visite de Robert Doisneau… Ce jour-là, ce n’est pas à la cathédrale qu’on retrouve le photographe… non… C’est tout là-haut, non loin du cimetière, chez Raymond et Adrienne Isidore. Un an auparavant, le journal Radar leur avait rendu visite et donné une petite célébrité à Raymond… Et Doisneau, photographe de l’humain, ne résiste pas. Il vient photographier cette drôle de petite maison recouverte de morceaux de vaisselle et de verre. Et surtout, ceux qui y vivent !
Raymond Isidore, le balayeur qui a rêvé sa maison
C’est l’époque où Raymond travaille comme balayeur au cimetière Saint Chéron. Voilà déjà quinze ans qu’il a commencé ses décors, en 1938. Au départ, il ramassait des débris pendant ses promenades, simplement parce qu’il les trouvait beaux. Puis il avait eu l’idée d’en faire quelque chose… Les murs d’abord, les meubles aussi. Quand on visite la maison, on se demande d’ailleurs ce qui a bien pu échapper à ses mains ! Mais attention : en 1953, l’ensemble que nous connaissons aujourd’hui n’est pas terminé. La chapelle et la maison d’été viendront quelques années plus tard. Raymond a encore beaucoup à faire.


Robert Doisneau : le photographe de l’humain
Vous connaissez Doisneau pour ses photographies de Paris. Le retrouver chez les Isidore peut surprendre un peu. Pourtant, à y réfléchir, cette rencontre me paraît assez naturelle. Raymond fait partie de ces personnages qui intéressent le photographe, avec leur façon de vivre à eux, parfois bien éloignée de ce que l’on attend d’eux. Dans les archives de Doisneau, il est d’ailleurs rangé parmi les marginaux et les poètes. J’aime assez l’idée que notre balayeur chartrain ait trouvé sa place chez les poètes !
Adrienne à l’honneur par le photographe
Et il y a Adrienne. On parle tellement de Raymond qu’on oublierait presque que cette maison était aussi la sienne. Doisneau les photographie tous les deux, chez eux, au milieu des décors, dans leur intimité. Et en regardant ces photos, oui, il y a quelque chose d’incroyablement humain. Avec un oeil tendre. Un oeil complice.
Doisneau reviendra d’ailleurs les voir à plusieurs reprises après ce reportage. Ce 17 octobre aura donc eu une suite. Et nous, plus de soixante-dix ans après, nous avons toujours ces photographies pour mettre des visages sur l’histoire de Picassiette. Avec Adrienne, à côté de Raymond.
