Des lions dans la cathédrale de Chartres, vous en trouverez plusieurs. Avec des ailes, sous les pieds d’un personnage, parmi les signes du zodiaque… Mais attention : ils ne racontent pas tous la même chose ! On aimerait bien pouvoir se dire « un lion signifie ceci » et garder cette explication pour toute la visite. Avec lui, cela ne fonctionne pas. Il peut représenter un évangéliste, évoquer le Christ ou devenir une figure du mal.
Pour commencer, je vous propose de faire le tour de la cathédrale. Deux arrêts suffiront à mesurer combien cet animal peut nous dérouter.
Un lion ailé au portail Royal
!


Sous les pieds du Christ
En contournant la cathédrale pour rejoindre le portail sud, regardez le Christ qui se tient au trumeau, entre les deux portes de la baie centrale. Puis baissez les yeux jusqu’à ses pieds : un lion et un dragon sont foulés par le Sauveur. Ici, leur présence exprime sa victoire sur le mal. Le lion n’accompagne plus la gloire divine comme au portail Royal. Il appartient aux puissances vaincues.
Cette image fait écho au psaume 90, également numéroté 91 selon les Bibles : « « « tu écraseras le lion et le Dragon ». La bête redoutable est dominée, le danger surmonté.
Le rapprochement avec le diable apparaît aussi très clairement dans la première lettre de Pierre. L’adversaire y est comparé à un lion qui rôde à la recherche d’une proie. On comprend alors ce que sa force peut avoir d’inquiétant : elle est celle du prédateur, capable de saisir et de dévorer.
Voilà donc notre lion passé d’un côté à l’autre ! Ce n’est pas une erreur des sculpteurs. Les textes eux-mêmes lui donnent ces significations différentes.
Le lion peut aussi désigner le Christ
Dans l’Apocalypse, le « lion de la tribu de Juda » est annoncé comme victorieux, capable d’ouvrir le livre fermé de sept sceaux. Cette désignation renvoie au Christ. Et, dans la vision qui suit, Jean voit un agneau debout, portant les marques de son sacrifice. Le lion victorieux et l’agneau sacrifié permettent ainsi d’évoquer le même Sauveur.
C’est ce qui rend la lecture de ces images si passionnante. Notre regard distingue d’abord des animaux très différents. Les textes nous conduisent ensuite à comprendre ce qui les rapproche, ou ce qui donne à un même animal des rôles opposés.


Les étonnants lionceaux des bestiaires
Les bestiaires médiévaux ajoutent à cela une histoire qui mérite le détour. Selon une tradition qu’ils transmettent, les petits de la lionne naîtraient morts. Au troisième jour, leur père viendrait leur donner vie par son souffle ou ses rugissements. Trois jours… Le rapprochement avec la Résurrection du Christ est explicite. Ces mêmes récits prêtent au lion d’autres particularités : il dormirait les yeux ouverts et effacerait ses traces avec sa queue pour échapper aux chasseurs. Les auteurs chrétiens y lisent la vigilance de la nature divine du Christ et le mystère de son Incarnation.
Nous sommes bien dans les croyances et les interprétations des bestiaires, pas dans un cours de zoologie ! Ces récits éclairent la pensée médiévale ; ils ne signifient pas que chacune de ces scènes se trouve représentée à Chartres.
Et le lion du zodiaque ?
Pour compliquer un peu notre promenade à la recherche du lion dans la cathédrale de Chartres, celui-ci figure également parmi les signes du zodiaque sculptés à Chartres, notamment au porche nord. Il appartient alors à une autre série d’images, celle des signes qui accompagnent le cycle de l’année. Inutile de vouloir systématiquement y reconnaître saint Marc ou le diable : son emplacement et les figures voisines orientent la lecture.
C’est toute la difficulté, et tout le plaisir, d’une visite symbolique de la cathédrale de Chartres. Il faut regarder l’animal, bien sûr, mais aussi ce qui se passe autour de lui. A-t-il des ailes ? Est-il vaincu ? Dans quel ensemble a-t-il été placé ?
Lors de mes visites et lectures symboliques de la cathédrale de Chartres, je vous propose de prendre ce temps. Celui d’observer les sculptures et les vitraux, de retrouver leurs récits et de revenir aux textes qui permettent de les comprendre. Avec le lion, nous avons déjà de quoi nous arrêter un bon moment !
